242 – Schacht 3

Une fausse manip a mal classé cet article … je le relance et supprime immédiatement le précédent sous le même titre!

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Avec cet article, A-J Holbecq nous transmet le message suivant: "Voici un chapitre qui aurait du être intégré il y a 11 ans dans mon premier livre "Un regard citoyen sur l’économie" . Hélas, j’avais donné le manuscrit à lire à quelques soi-disant amis d’"ATTAC  pays d’Aix" dont j’avais d’ailleurs été l’un des fondateurs, et j’ai, à l’époque, reçu une volée de bois vert y compris l’accusation d’être quasiment un nazi prônant les thèses hitlériennes; rien que ça!
Le temps, l’âge et le fait d’avoir vu que "postjorion" diffusait un article de Plihon qui y faisait référence me permettent de penser qu’il est temps que je publie ce chapitre.

Mais comme je l’avais écrit en note  "La référence aux effets méfos de l’allemagne nazie ne sous entends en aucune manière que nous approuvions la politique de celle ci d’aucune manière. Elle n’est là que pour signaler que le ministre Schatcht avait utilisé, en 33, un système technique qui avait permis de relancer l’économie allemande et permit de mettre au travail sur cette période cinq millions de chômeurs. Schacht démissionna d’ailleurs en 36, lorsque son système commença à servir à fabriquer des canons, des chars et des avions militaires au lieu de routes, de voitures et d’hôpitaux ! "

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Un exemple intéressant: LE BOOM ÉCONOMIQUE DE L’ALLEMAGNE de 1933 à 1936 

Surveillé comme il l’était par ses puissants voisins, soumis à de sévères sanctions économiques, Hitler aurait été empêché de réaliser ses rêves paranoïdes s’il n’avait eu dans son jeu un atout: vierge de culture universitaire et de sa mésinformation, il put élever la puissance économique puis militaire de l’Allemagne à la hauteur de sa mégalomanie.

Pour comprendre comment il s’y est pris, il nous faut revenir sur les propriétés de l’argent moderne: La monnaie, qu’elle soit de papier ou de comptes, est faite de crédits et de dettes qui se compensent exactement. Il s’ensuit que la production n’absorbe pas d’argent; celui-ci ne peut s’épuiser. Mais les économistes et les hommes d’État ne l’ont pas vu, à cause d’habitudes mentales contractées quand l’argent valait de l’or. Ce que ces hommes craignent par-dessus tout, ce sont les caisses vides et ils ajustent leurs actes à cette crainte. Puis les faits en confirment le bien fondé: il n’y a bientôt plus un sou en caisse!

En 1936 explose le boom économique allemand que nul ne semble avoir remarqué. Tout le monde, pourtant, a vu en 1932 l’Allemagne, mourant de misère et de faim, se jeter dans les bras d’un peintre vierge de culture économique et qui, de ce fait, a fait confiance au Président de la Reichsbank, le Dr SCHACHT, qui avait déjà sauvé l’Allemagne de la débâcle en 1923. Quatre ans plus tard, l’Allemagne était plus prospère que jamais. Elle avait couvert son territoire d’un réseau unique d’autoroutes. Elle s’était constituée d’immenses réserves de matières premières

Elle avait construit d’innombrables usines pour fabriquer les "ersatz" de celles qui lui manquaient du fait du blocus économique des "Alliés". Après sept ans d’un régime économique et financier rationnel, ce pays presque pauvre a failli dominer la planète, unie contre lui.

Aucun pays voisin n’a compris ce qui s’était passé et il semble bien qu’aujourd’hui les Allemands eux-mêmes n’en sachent à peu près rien.

L’économie et la finance allemandes n’ont pas été comprises. Pour deux raisons:

a) Parce que la légitime horreur vis-à-vis d’Hitler a masqué le fait que jusqu’à la fin 36 l’Allemagne a été contrainte de se développer dans une économie de paix (C’est en 36 que le Dr Schacht a démissionné).

b) Parce que l’usage qu’a fait Hitler des fruits de la conduite de l’économie par le Dr Schacht a été confondu avec leur genèse. Or la démarche du Dr Schacht s’applique bien mieux à la paix qu’à la guerre, puisque les destinataires des bombes n’ont pas le goût de les acheter à l’ennemi. D’ailleurs, en temps de guerre tous les régimes économiques se valent à peu près, les industries tournent à pleine capacité.

Schacht, lui a su le faire non seulement dans la paix, mais SANS HAUSSE DES PRIX… Or, s’il y est parvenu, c’est parce qu’il avait compris deux petites choses:

1) LA PRODUCTION DES RICHESSES MATERIELLES NE CONSOMME QUE DE LA MATIERE GRISE, DES MATIERES PREMIERES ET DU TRAVAIL ET LEUR VENTE RAPPORTE DE L’ARGENT AUX PRODUCTEURS.

2) LE PRIX DES RICHESSES PRODUITES ET L’ARGENT QUE RAPPORTE LEUR VENTE SONT LES DEUX TERMES D’UNE EGALITE.

En d’autres termes, Schacht savait qu’il suffit de dépenser ASSEZ d’argent pour en retrouver assez : ni trop, ni trop peu. Tout risque d’inflation ou de déflation disparaît spontanément, l’équivalence de la dépense et des ressources résultant d’une constante mathématique.

Sachant qu’il pouvait dépenser sans crainte, il lui était devenu facile de doter l’Allemagne d’une industrie fantastique tout en enrichissant les Allemands. Mais il les a enrichis bien mieux en les dotant avant juin 36 de logements, de routes et d’autos qu’avec les chars et sous-marins qui ont suivi.

La première moitié du boom économique tient tout entière dans l’application pratique d’une petite équation:P = V .(prix des richesses produites = argent que rapportent les ventes).Il nous reste à voir la seconde moitié.

Mais que signifie cela ? Comment calculerait-on le juste niveau de la dépense ? Comment dépenserait-on toujours assez et jamais trop? La réponse tient à ce qu’il n’est besoin d’aucun calcul : la limite est fournie par la capacité productrice et les délais qu’elle induit. Lorsque la demande excède de beaucoup l’offre d’une catégorie de biens, les délais de livraison s’allongent et l’on est renseigné.

Mais ce qui doit retenir encore notre attention, c’est le côté singulier de l’économie hitlérienne. D’autres dictateurs ont concentré dans leurs mains des pouvoirs aussi exorbitants que les siens. Ceux qui régnèrent derrière le rideau de fer furent plus omnipotents encore. Or, ils restent loin d’obtenir des résultats approchant ceux qui, en sept ans, firent d’un pays presque petit et presque pauvre la plus puissante de toutes les nations (aucune n’aurait été, à elle seule, capable de tenir tête à l’Allemagne). Comment expliquer des faits aussi surprenants?

Rien n’est plus simple Schacht savait ce qui distingue la décision collective de la décision privée. Il connaissait la fonction macro-économique capitale de la monnaie en ce qu’elle ne devait ni manquer, ni coûter cher, ni être en excès.

Ainsi créa-t-il les "effets Mefo" tirés par des industriels sur la Metaliforschung dont la signature était garantie par l’Etat. Ils furent très critiqués par les économistes orthodoxes mais produisirent les effets stupéfiants.

Plus explicitement: L’Etat décidait la mise en fabrication d’une production de richesse matérielle nationale (un hôpital, par exemple). Il émettait, à l’entreprise choisie, les "mefo" correspondant au coût total, sans aucun intérêt. Ces "mefo" étaient remboursables par la banque d’Etat, en Deutschemark, au fur et à mesure de la réalisation, quelle soit celle de l’entreprise choisie ou celle d’une entreprise sous traitante qui recevait les "mefo" de l’entreprise maître d’œuvre. Les "mefo" des différents producteurs de la chaîne, échangés contre les Deutschemarks, servaient ensuite à payer les salaires et les bénéfices, en "monnaie réelle". L’ État allemand ne déboursait ses deutschemark qu’au fur et à mesure de la "production", et ces deutschemarks lui revenaient INTEGRALEMENT dans ses caisses, par le cycle même de la monnaie, ce que nous verrons plus tard.. Nous retrouvons dans les "effets mefo" quelque chose de relativement similaire à la monnaie d’échange des SEL, mais à l’échelle d’une nation.

Schacht disait des mefos :" Ce ne sont peut-être pas de bons effets de commerce au sens de la loi sur la banque. Mais la situation est désespérée. L’objet de ces effets est de remettre en marche le commerce et l’industrie". S’achopper à une simple question de mots, en regard de 29% de chômeurs et d’une pareille dépression économique eût été un véritable crime d’économie politique.

Dans ces conditions, il devint facile aux Allemands de se mettre au travail. La coordination des efforts se fit spontanément. L’initiative privée fut encouragée, récompensée, exploitée à fond. Sur le terrain économique, l’Allemagne fut le siège du premier régime qui ait été aussi libéral que possible sur le plan où c’est avantageux pour tous : celui de l’initiative privée. D’où le "miracle allemand".

Tels sont les deux secrets simples qui permirent à Hitler de faire aussi bien un mal aussi épouvantable.


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2 réponses à 242 – Schacht 3

  1. zelectron dit :

    intéressant.

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