292 – A-J Holbecq: interview

30 juin 2014

Interview par Olivier Siméon sur "La voix de la Russie" paru en deux parties les 26 et 27 juin 2014

Liens directs première partie , seconde partie

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Croissance et dette : le retour nécessaire des Banques Centrales

Par La Voix de la Russie | Quelle est l’origine de la dette des Etats ? A qui appartiennent la dette et la création monétaire ? Comment se sortir de la spirale de l’endettement des Etats et se réapproprier la création monétaire, permettant de financer l’avenir et les investissements ? Éléments de réponse avec André-Jacques Holbecq, économiste et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet de la dette et de la monnaie.

La Voix de la Russie : André-Jacques Holbecq, bonjour. Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux questions monétaires et de dette des États. Pourquoi l’ancien pilote de Concorde que vous êtes a-t-il été amené à se spécialiser sur ces questions ? En quoi ces thématiques sont-elles importantes ?

André-Jacques Holbecq : Les hasards de la vie ont fait qu’après deux années d’économie en fac et quelques autres activités, j’ai choisi de vivre professionnellement ma passion, l’aviation. J’ai eu la chance de gravir les échelons qui m’ont amené à piloter le Concorde. Un petit problème de santé, en 1993 m’a imposé une retraite anticipée après 25 ans à Air France. J’ai repris en autodidacte des études en économie ce qui m’a amené à poser un regard critique sur certains points de vue. Ils ont été développés dans mon premier livre « Un regard citoyen sur l’économie » et ensuite dans « Les 10 plus gros mensonges sur l’économie », co-écrit avec Philippe Derudder. La thématique de la dette publique est venue ensuite avec « La dette publique, une affaire rentable ». Nous avons aussi écrit d’autres livres ensemble ou chacun de notre côté.

La création de la monnaie et sa circulation ainsi que la dette publique qui en est une des conséquences directes sont des thématiques importantes car elles déterminent « l’économie » de la société et donc le bien vivre ou le mal vivre de la population.

LVdlR : A quel moment et pour quelle raison le pouvoir de création monétaire est-il passé de la Banque de France (de l’État) aux banques privées ?

A.-J. H. : Vers 1650, à Londres et à Amsterdam, les orfèvres comprennent qu’ils peuvent émettre plus de « certificats de dépôts » que les valeurs métalliques (or, argent) déposées par les marchands et les aristocrates dans leurs coffres, en faisant le pari que tous les déposants ne reviendront pas échanger en même temps ces bons au porteur. Ceux-ci circulent donc en règlement de dette entre les individus sans imposer l’obligation de venir retirer les valeurs métalliques pour assurer les paiements. Les orfèvres deviennent donc banquiers modernes par l’invention de la monnaie de crédit et des réserves fractionnaires que sont les valeurs métalliques qui ne représentaient plus la totalité de l’émission de « papier ».

Il y eut ensuite des évolutions avec l’intervention des États qui assez vite créèrent des « banques centrales » comme la Banque d’Angleterre fondée en 1694. Certaines publiques, d’autres privées : certaines le sont restées, d’autres ont été nationalisées (comme la Banque de France en 1945).

Mais bien évidemment entre le XVIIème siècle et nos jours le système monétaire continuera d’évoluer et les débats seront souvent violents entre les écoles, par exemple entre les défenseurs de l’école de la banque et l’école de la circulation (débats aboutissant à l’Act de 1844 en Angleterre, [voir note 1]); certains vont suggérer des solutions radicales en proposant de faire cesser toute création de monnaie à partir du crédit, comme le propose également l’initiative Suisse « VOLLGELD » que nous soutenons par la pétition « Rendez-nous la monnaie ! » puisque le Référendum d’Initiative Citoyenne n’existe pas en France.

LVdlR : Et ce transfert de pouvoir régalien a été retranscrit dans le droit européen je présume ?

A.-J. H. : Oui. Déjà en France, la loi bancaire du 3 janvier 1973 avait sérieusement limité la capacité de l’État de se financer de lui-même (plus précisément via sa banque centrale, la Banque de France). Le traité de Maastricht en 1993 a introduit dans son article 104 l’interdiction absolue pour les États de se financer auprès de leur propre banque Centrale. Cet article a été repris dans son intégralité dans le traité de Lisbonne (art. 123).

Il ne s’agit pas d’une loi divine. Cette loi, ce sont les chaînes que nous nous sommes volontairement attachées. Nous pouvons les détacher.

LVdlR : Quel lien y a-t-il entre création monétaire et dette publique ?

A.-J. H. : L’État n’a que quatre manières d’équilibrer son Budget s’il considère nécessaire de le faire : augmenter les recettes, diminuer les dépenses, emprunter le solde négatif ou le « monétiser » (c’est-à-dire créer la monnaie nécessaire [voir note 2]). L’État a donc rejeté totalement la quatrième solution pour protéger la rente. Les soldes négatifs des budgets des administrations publiques sont empruntés sur les marchés, augmentant chaque année la dette du montant du déficit, alors qu’il serait beaucoup plus simple et économique de « monétiser » ces besoins de financement.

LVdlR : Fin 2013, la dette publique de la France est de plus de 1900 milliards d’euros, soit 93% de son PIB. 30 ans plus tôt, en 1983, la dette française n’est que de 170 milliards d’euros, soit 25 % du PIB. Comment expliquer cette explosion de la dette ?

A.-J. H. : Pour environ 80 % l’augmentation est due aux cumul des intérêts [voir note 3], la crise de 2007 est responsable des 20 % restant. Ceci se démontre facilement en établissant la somme des intérêts payés (et donc empruntés) sur cette période. Ceci se démontre également lorsqu’on fait la somme des « soldes primaires » (c’est à dire des soldes annuels du budget, sans les intérêts).

LVdlR : Faîtes-vous un lien entre la dette et la création monétaire d’une part, et les impôts et le chômage de l’autre ?

A.-J. H. : Le lien est très fort et les néochartalistes [voir note 4] (qui sont donc keynésiens) ont une excellente approche à ce sujet. Ils considèrent que les impôts ne pouvant être payés que par une monnaie reconnue par l’État (la monnaie de Banque Centrale) il faut que celle ci soit émise justement par l’État en quantité suffisante pour justement permettre de payer l’impôt. Ils inversent le sens de la réflexion.

A partir de là on déduit facilement qu’un État (souverain) doit se substituer aux entreprises privées si l’activité n’est pas suffisante, en ayant pour objectif un taux de chômage le plus bas possible. Ce qui veut dire que lorsque les entreprises privées n’embauchent plus, l’État doit prendre le relais par la commande publique (grands travaux, transition énergétique et écologique par exemple) financée par la création monétaire centrale, car, lorsqu’un pays a un besoin (collectivement souhaitable), la volonté de le satisfaire, les moyens techniques et énergétiques, un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,… l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse résultera d’une création monétaire nécessaire pour la réaliser.

Cette monnaie va ensuite diffuser dans l’économie. Le Trésor Public, via des impôts non remis en circulation, devient régulateur de la quantité de monnaie circulant dans la sphère économique. Il ne faut pas, évidemment, que les crédits des banques commerciales viennent perturber l’équilibre. C’est l’une des raisons de notre soutien aux propositions de « monnaie pleine » ou du « 100 % monnaie ».

LVdlR : Parlons maintenant du remboursement des intérêts de la dette. Combien payent les Français chaque année pour rembourser les intérêts de la dette, qu’est-ce que cela représente en valeur ?

A.-J. H. : C’est en moyenne 50 milliards par an d’intérêts qui sont distribués aux détenteurs de titres de la dette. J’ai beaucoup de mal à utiliser l’expression « les français payent chaque année 50 milliards… », simplement parce que, comme nous ne les avons pas (les budgets sont négatifs, c’est le fameux « déficit » dont nous entendons parler tous les jours), nous empruntons l’équivalent de ce déficit ce qui augmente la dette (en plus de faire « rouler » les obligations arrivant à échéance). Et dans ce déficit, il y a les intérêts. On peut donc dire que les nouveaux acheteurs de dette payent aux anciens les intérêts que ces derniers perçoivent ! Tout cela évidemment avec pour conséquence l’augmentation du stock de la dette pour le pays.

La dépendance aux marchés financiers place tous les gouvernements sous la menace de l’augmentation des taux d’intérêt et donc d’une aggravation de la dette. Car les 50 milliards d’intérêts d’aujourd’hui sont dus à des taux très faibles… imaginez que les taux remontent à des valeurs que nous avons connues dans le passé … des taux à 10 %, et les intérêts passeraient progressivement à 200 milliards par an et nous ne pourrions plus les emprunter !

Aujourd’hui, les gouvernements de droite ou de gauche doivent respecter la règle imposée par les financiers de la planète sous peine d’être mis en difficulté.

Quant à nous, Français, nous subissons la régression et l’austérité.

LVdlR :En cherchant à savoir à qui appartient la dette française, on découvre qu’il est très difficile d’obtenir des informations. Ces dernières ne sont pas publiques. Pour quelles raisons ?

A.-J. H. : La dette de l’État est initialement vendue par l’Agence France Trésor à 19 banques françaises et étrangères qu’on appelle les « Spécialistes en Valeurs du Trésor ». Celles-ci replacent les titres de dette auprès d’autres banques, des assureurs, des fonds de pension, etc. Il est donc très difficile de suivre à la trace les titres de dette qui en plus sont revendus et rachetés sur les marchés. C’est l’opacité la plus totale.

Seul un audit, par exemple à l’occasion d’échanges imposés de titres, permettrait de savoir à qui réellement appartiennent les titres. L’AFT donne néanmoins une estimation concernant les OAT par les non résidents : 65 % [voir note 6] dont probablement la moitié en Europe.

Des 35 % restant, donc Français, un peu moins de 2/3 sont dans les portefeuilles des assurances vies et fonds de pension, 1/3 dans les actifs des banques.

LVdlR :Certains responsables politiques français, lorsqu’on évoque la question de la suppression de la dette, répondent qu’on pénaliserait alors le « petit épargnant français ». Qu’en est-il ?

A.-J. H. : C’est exact pour une partie puisque les titres de dette sont détenus par des assurances-vie et des fonds de pension (caisses de retraite par capitalisation). Il est impossible de savoir quelle est la proportion de gros et de petits épargnants, de français et d’étrangers, sauf à procéder comme je le disais à un audit. Pour la part détenue par les banques, ce serait pour elles une perte importante et les actionnaires n’aiment pas cette idée, évidemment.

Je pense donc qu’il ne faut pas faire défaut mais peut être faudrait-il limiter la possibilité de revente des titres ou de transfert successoral tout en payant les intérêts jusqu’au décès des détenteurs. C’est juste une idée.

LVdlR :Comment réagissez-vous à ceux qui expliquent, à l’instar du gouvernement français, qu’il est nécessaire de consacrer des efforts financiers à la baisse de la dette afin d’être moins dépendants des marchés prêteurs, et ainsi plus indépendants ?

A.-J. H. : Les dirigeants sont victimes de plusieurs dogmes mais en particulier celui d’avoir oublié qu’un État peut émettre sa propre monnaie (la seule monnaie que nous ne pouvons – techniquement – pas émettre, ce sont les devises étrangères). Ils considèrent en plus d’une manière erronée que le budget d’un État est la représentation du budget d’un ménage (qui ne peut dépenser plus que ce qu’il gagne sauf à emprunter), et ils en arrivent donc à penser que l’équilibre est indispensable. Et pourtant, c’est l’inverse : le déficit d’un État est indispensable pour satisfaire tous les besoins d’investissement collectifs à long terme qu’aucun acteur privé, faute de rentabilité, ne veut prendre à sa charge.

LVdlR :L’annulation de la dette a eu lieu à plusieurs reprises dans l’histoire, comme en Russie récemment (après la crise financière de 1998), et en France il y a plus longtemps, je crois ?

A.-J. H. : Il n’y a pas eu d’annulation de la dette dans l’histoire récente de la France. C’est l’inflation dès la fin des années 30 associée avec la croissance des Trente Glorieuses qui va laminer le poids de la dette, aboutissant à une réduction de celle-ci à moins de 15% du PIB au début des années 1970. Mais il faut se souvenir que depuis 1971 la monnaie est totalement déconnectée d’une quelconque valeur en or. En théorie il n’y a plus de limite à la création monétaire (je dis bien en théorie) depuis 1971 année où les monnaies sont déconnectées de l’or.

En fait les États ont d’autres armes que l’annulation pure et simple si la dette devient excessive ou plutôt s’ils n’arrivent plus à financer les déficits sur les marchés à des taux raisonnables. Parmi les mauvaises solutions, il y a celle que mettent en application beaucoup de gouvernements de l’U.E., c’est-à-dire l’augmentation de l’imposition jointe à une réduction des dépenses donc une réduction brutale des déficits. Cette méthode nous emmène à mon avis droit dans le mur de la récession ou d’une croissance très molle.

L’inflation (pour les dettes extérieures) est une excellente méthode. Quand à la « renégociation » elle a eu par exemple un effet important sur la dette de la Grèce qui n’est pas pour autant sauvée malgré les sacrifices de sa population. Il fallait pour elle d’une part lui faire quitter la zone euro immédiatement et vraiment faire défaut sur l’ensemble de sa dette.

Mais, je le répète, excusez-moi, un État souverain peut toujours créer toute la monnaie qu’il veut pour rembourser sa dette, celle qui est libellée dans sa devise et sous contrat de droit national [note 7].

LVdlR :L’inconvénient d’une « renégociation » ou d’un défaut de la dette a pour conséquence de voir les épargnants privés de leur créance… Du coup, les États ne sont plus crédibles pour emprunter afin de pouvoir se développer ?

A.-J. H. : Je pense qu’il est important de ne pas léser les petits épargnants car ils ne sont pas responsables des choix « d’investissement » des structures à qui ils ont confié leur épargne pour la protéger et en obtenir un tout petit rendement en attendant leurs vieux jours. Avant de parler d’annulation ou de restructuration de la dette, un audit est donc nécessaire. Il y a ensuite plusieurs solutions pour rendre la restructuration éventuelle plus juste.
Au delà de cette question il faut se souvenir que les États, s’ils sont souverains (je redis que ce n’est plus le cas des États de la zone euro), n’ont nul besoin d’emprunter dans leur propre monnaie pour pouvoir se développer. Il est évident que le besoin d’importation (matières premières, énergie, savoir faire étranger) peut limiter le développement si l’État ne dispose pas des devises de commerce international (dollar, euro, livre sterling) ou ne peut emprunter sur les marchés de devises. De ce fait, l’équilibre le plus important pour un État est celui de la balance extérieure, la balance commerciale en particulier.

LVdlR : Comment l’Argentine a-t-elle pour sa part géré sa crise de la dette au début des années 2000 ?

A.-J. H. : Ses créanciers ont accepté des rééchelonnements et des réductions de façon à ne pas perdre la totalité de leur mise. Le plan argentin de conversion de dette conduisit à une réduction du capital de 50 % en moyenne.

À la fin de la période de conversion des dettes, en février 2005, 75% des créanciers avaient accepté l’offre du Gouvernement argentin.

LVdlR : Évoquons aussi la faramineuse dette US. Comment celle-ci est-elle devenue si élevée ? Y a-t-il un risque selon vous de défaut de paiement de la dette US et d’une fragilisation du dollar ? (certains économistes russes prévoient même une chute imminente du dollar).

A.-J. H. : Depuis le début du sauvetage bancaire aux États-Unis au 3e trimestre 2008 la FED a injecté d’énormes sommes dans l’économie US. Entre 2008 et 2012, la Réserve fédérale a acheté 2 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Ces injections de liquidités ont eu pour avantage de faire chuter les taux d’intérêts.

La dette publique atteint maintenant 17.400 milliards de dollars (soit environ 12.800 milliards d’euros), 105 % de son PIB. On voit bien que les pays européens ne sont pas les seuls à avoir des dettes gigantesques, mais à mon avis pas plus les uns que les autres ne pourront rembourser ces dettes et les créanciers pourront s’estimer heureux s’ils perçoivent de faibles intérêts.

A moins, comme le prévoit Alexandre Aïvazov, qu’ils ne fassent défaut sur leur dette (auquel cas le dollar s’effondrerait) et mettent en place une nouvelle devise ? N’oublions pas néanmoins que le dollar détient une position dominante en tant que monnaie de réserve mondiale bien que d’autres devises lui taillent progressivement des parts de marché; aucun pays n’a intérêt à un effondrement trop rapide du dollar.

Et si nous pouvions prévoir l’avenir il n’y aurait jamais de crise.

LVdlR : Vous avez évoqué plus haut une pétition demandant aux autorités de « rendre la monnaie ». De quoi s’agit-il ?

A.-J. H. : Comme je l’ai dit plus haut nous ne disposons pas en France d’une loi permettant aux citoyens de lancer un Référendum [voire note 8]. Puisque nos voisins suisses vont demander à leurs concitoyens, par l’intermédiaire d’une votation, de choisir la mise en place d’un système monétaire dit « monnaie pleine » ou de garder le système actuel à réserves fractionnaires, nous avons considéré que la seule solution pour les soutenir tout en faisant connaître en France cette option de « monnaie pleine », était la mise en place d’une pétition. Il s’agit dans le fond de proposer les objectifs suivants :
a. La Banque Centrale créera désormais seule la monnaie scripturale électronique (monnaie pleine).
b. Les banques ne pourront plus elles-mêmes créer de la monnaie scripturale, mais prêter seulement de la monnaie déjà existante sous forme d’épargne qui leur serait confiée.
c. Les dépôts à vue sont transformés en monnaie centrale et passent en hors bilan des banques commerciales.
d. La Banque Centrale mettra en circulation chaque année la nouvelle monnaie pleine (sans dette) au Trésor Public, aux Départements ou Régions, ou aux citoyennes et citoyens [note 9].

LVdlR : La réappropriation souveraine de la monnaie et de la création monétaire impliquent-elles une sortie de l’euro ?…

A.-J. H. : Oui, cette proposition de « monnaie pleine » impose une sortie de l’euro, volontaire ou non, le retour à des monnaies nationales, avec ou sans création d’une nouvelle « monnaie commune » [note 10].

En effet le dogme budgétaire et monétaire imposé par Bruxelles (plus exactement les Chefs d’Etat et de Gouvernements ), sont incompatibles avec cette proposition qui a été également portée en 2012 par deux économistes du FMI, Jaromir Benes et Michael Kumhof, dans un article célèbre « The Chicago Plan Revisited » [note 11]. Je vois mal les 28 pays de l’U.E. s’accorder sur ce sujet au point de trouver l’unanimité dans un nouveau Traité.

Je pense que la Suisse pourrait nous donner une grande leçon, mais que même si la proposition est rejetée par le Peuple souverain, la prochaine crise monétaire ou financière sera l’occasion de reparler de cette alternative.

LVdlR : Plus généralement, quelles sont les pistes pour les États et les peuples de se délier de cet épineux problème de la monnaie d’une part et de la dette de l’autre ? Dans ce contexte, comment financer l’avenir et les investissements ?

A.-J. H. : Depuis près de 15 ans je défends l’idée qu’un bon système monétaire ne doit pas être privé. Comme l’avait noté Maurice Allais, les banques détiennent un privilège qui devrait revenir à la collectivité. Il faut donc à mon avis changer de dogme ou de paradigme et considérer que le Peuple doit pouvoir émettre lui même la monnaie dont il a besoin, sans passer par les structures privées que sont les banques. Or, depuis la crise de 2008, les banques centrales soutiennent l’activité en injectant massivement des liquidités, lesquelles malheureusement sont utilisées par les banques en grande partie pour spéculer, alors que l’’économie réelle a besoin que ces liquidités se fixent sur le long terme dans des investissements qui relancent la croissance, favorisent la transition énergétique et luttent contre le changement climatique.

Le système favorise la spéculation et non l’économie réelle… il faut donc changer de système !

Une émission monétaire annuelle raisonnable de 5 % du PIB, soit environ 100 milliards d’euros (ou de francs post euros si nous quittions la zone ou que l’euro n’explose), permettrait de couvrir les déficits et ainsi empêcher la dette de grossir. Donc – prenons l’exemple de 2013 avec son déficit de 87 milliards d’euros – en premier lieu les intérêts de 51 milliards et 36 milliards de déficit primaire. Reste 13 milliards que nous pouvons utiliser suivant nos choix. Un peu d’inflation aurait aussi des effets bénéfiques sur le stock de dette.

N’oublions pas que lorsqu’un État est souverain sur la gestion de sa propre monnaie, ce qui n’est plus le cas de la France engluée dans la zone euro, et que la banque centrale appartient à ce même État, les prêteurs sont tenus par le taux zéro que pratique la banque centrale envers son État ; les prêteurs deviennent de ce fait nécessairement raisonnables !

Mais la seule monétisation n’est pas suffisante et d’autres « révolutions », d’autres choix politiques, seraient nécessaires…

LVdlR : A vous lire, on a l’impression que l’euro est la source du mal, la raison exclusive des problèmes économiques de la France. Pourtant, certains pays comme l’Allemagne s’en sortent bien avec l’euro…

A.-J. H. : L’Allemagne a effectivement de gros excédents commerciaux, aussi bien avec la France qu’avec la Chine, mais ce n’est quand même pas tout rose dans ce pays non plus (chômage réel, pauvreté, faiblesse des patrimoines, vieillissement de la population, etc.) . La France reste la 5e ou 6e puissance économique mondiale et les salariés français sont parmi les plus productifs du monde, mais je considère que l’U.E. et surtout l’euro nous entraînent sur une mauvaise pente, celle du déclin.

Bien sur, nous avons aussi notre responsabilité : la taille trop faible des entreprises françaises, leur manque de fonds propres, le coût des cotisations sociales qui pourraient être basculées sur la consommation, les lois, règles et décrets par centaine de milliers et les administrations tatillonnes qui freinent la volonté entrepreneuriale [note 12].

L’économie française et son type de production « milieu de gamme » a besoin d’une monnaie plus faible, sans doute 20 % sous celle de la parité actuelle de l’euro, disons à parité avec le dollar. A mon sens le critère de valeur relative des monnaies doit être déterminé par la nécessité d’un équilibre de la balance extérieure (et en particulier la balance commerciale) entre les pays : n’oublions pas que les seules monnaies que ne peut pas produire une Nation, ce sont les devises extérieures dont elle a besoin pour ses importations. En ce sens la Charte de la Havane qui a été rejetée par les USA en 1948, avait bien cerné ce problème de ce nécessaire équilibre.

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1/ Dans la première moitié du XIXème siècle, en Grande-Bretagne, un débat fameux eu lieu entre la « banking school » et la « currency school ». Pour les tenants du « banking principle » (principe de banque), la monnaie est un moyen de paiement et donc, avant tout, un instrument de crédit croissance relativement forte du pays pionnier de la révolution industrielle. Les entreprises n’obtenaient donc pas les crédits dont elles avaient besoin pour financer leur expansion, ce qui provoquait la faillite de certaines d’entre elles. Il ne fait pas de doute que la monnaie actuelle est endogène … les banques satisfont à la demande de crédit des Agents Non Bancaire et se tournent ensuite vers la banque centrale qui n’a d’autre solution que de satisfaire les demandes de refinancement en monnaie centrale laquelle corresponds en particulier à la fourniture de billets et de soutient aux banques débitrices., suscité par les besoins de l’économie (on parlera bien plus tard, de « monnaie endogène »). La création monétaire est un viatique, qui se doit d’être souple afin de croissance relativement forte du pays pionnier de la révolution industrielle. Les entreprises n’obtenaient donc pas les crédits dont elles avaient besoin pour financer leur expansion, ce qui provoquait la faillite de certaines d’entre elles.Il ne fait pas de doute que la monnaie actuelle est endogène … les banques satisfont à la demande de crédit des Agents Non Bancaire et se tournent ensuite vers la banque centrale qui n’a d’autre solution que de satisfaire les demandes de refinancement en monnaie centrale laquelle corresponds en particulier à la fourniture de billets et de soutient aux banques débitrices.

2/ Les banques commerciales « monétisent » des actifs non monétaires (hypothèques, obligations, reconnaissances de dettes) en portant simplement la valeur de ceux-ci à l’actif de leur bilan et, simultanément, sous forme de monnaie scripturale utilisable sur le compte de l’emprunteur. Au niveau d’une Banque Centrale la procédure est identique, les actifs non monétaires étant des bons du Trésor ou des obligations et la monnaie créée corresponds à l’augmentation du compte du Trésor Public dans cette même Banque Centrale. Notons que la Banque de France appartenant en totalité à l’État, la monétisation corresponds à une dette à soi même et se traduit par une augmentation de la quantité de monnaie disponible pour l’État qui, l’utilisant pour ses dépenses, va diffuser cette monnaie nouvelle dans l’économie, sans être tenu, comme pour un emprunteur particulier vis à vis d’une banque commerciale, à la rembourser.

3/ En 1970 la dette était de 25,1 milliards d’euros, soit 163,5 milliards d’euros « 2013 ». En 2013 celle ci était de 1925,3. C’est donc une augmentation de 1761,8 milliards. Durant cette période nous avons payé 1228,7 milliards d’intérêts en euros courants, soit 1580,8 milliards « 2013 ». Les intérêts cumulés représentent 82 % de la dette publique. Sans ces intérêts la dette serait aujourd’hui de 344,5 milliards.

4/ Le néochartalisme est une école de pensée économique appelée aux USA et en Australie « Modern Monetary Theory ». Dans cette théorie les économistes considèrent que c’est l’État qui crée la monnaie en dépensant, et détruit cette monnaie en la taxant : la fiscalité sert alors à revendiquer la monnaie et à contrôler la masse totale de monnaie en circulation et se trouve donc être un outil monétaire essentiel au maintien de la valeur d’échange de la monnaie. La théorie originale (le Chartalisme) fut développée par l’économiste Georg Friedrich Knapp au début du XXe siècle et a influencé le Traité sur la monnaie de Keynes.

5/ Même si on peut trouver ici ou là des informations partielles non chiffrées, par exemple ce document de 2011 de l’Agence Reuter « Les 50 plus gros détenteurs de dette française ».

6/ On peut juger que ce pourcentage détenu par des non-résidents est important, mais il faut se souvenir que les français (épargnants, caisses de retraite, banques) détiennent eux aussi de la dette étrangère.

7/ C’est d’ailleurs le cas de 97 % de la dette française si bien que la sortie éventuelle de la zone euro transformerait 97 % de la dette française en « francs ».

8/ Signalons sur ce sujet le Référendum d’Initiative Citoyenne l’association « O.C.C.I.R. » dont l’objet est l’inclusion de cette possibilité dans la Constitution française

9/ Voir plus de précisions et d’explications sur le site en support : http://100monnaie.wordpress.com/

10/ C’est Jacques Sapir et Philippe Murer qui ont le mieux développé les différentes hypothèses et les conséquences de la dissolution de l’euro dans un rapport commandé par la Fondation Res Publica « Les scenarii de dissolution de l’euro ».

11/ Un excellent article de Gaël Giraud sur la « Revue Banque » N° 752 du 25/09/2012 à ce sujet.

12/ Voir à ce sujet l’excellent livre de Philippe Eliakim « Absurdité à la française »


291 – Rendez-nous la monnaie !

10 juin 2014

Signez et diffusez s’il vous plait la pétition ci-dessous « Rendez-nous la monnaie ! » sur http://tinyurl.com/lx79h3p , en soutien à l’initiative Suisse « Vollgeld » (monnaie pleine).
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Depuis maintenant trop longtemps les banques commerciales privées ont obtenu le transfert d’un pouvoir régalien autrefois détenu par la puissance publique: celui de créer par une simple ligne d’écriture informatique toute la monnaie scripturale, monnaie chargée d’intérêts, que les ménages, les entreprises et même les administrations sont dans l’obligation d’utiliser lors de tous les échanges commerciaux.

Négligeant leur rôle premier qui est de financer l’économie (une carence qui explique en partie la gravité de la crise et du chômage), elles spéculent en risquant d’entrainer les déposants dans leur chute. On compte plus de 20 crises financières depuis 1980 dont la dernière de 2007 laisse encore de nombreuses traces ; la prochaine emportera peut être toutes vos économies car la garantie des dépôts ne peut s’appliquer en cas de crise systémique !

Nos voisins Suisses lancent aujourd’hui une « initiative pour la monnaie pleine » dans le but d’obtenir une votation sur ce sujet. Si la votation remportait la majorité, la Banque Centrale (Banque Nationale Suisse) garantirait à 100 % les dépôts à vue et serait seule autorisée à créer toute nouvelle monnaie, sans intérêts.

Hélas, nous en France, ne disposons pas du Référendum d’Initiative Citoyenne (1) qui permettrait d’amener un tel sujet au débat démocratique ; il nous reste cette pétition que nous vous demandons de signer et de faire circuler. Elle se résume en ces mots :
«Donner à la Banque de France le droit exclusif d’émettre toute la monnaie nouvelle au bénéfice de la collectivité, et de garantir les comptes de dépôts»

Cette pétition sera transmise – au moment de la votation Suisse – au Président de la République, au premier Ministre et au Ministre des finances de la France, aux Présidents des groupes parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat et à tous les chefs des partis politiques, Pour plus d’efficacité, s’il vous plait, diffusez-là sur vos réseaux.

C’est volontairement que cette pétition est courte et par là même peu détaillée. Vous trouverez plus de précisions sur https://100monnaie.wordpress.com/, où nous pouvons également répondre à vos questions.
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(1) Le référendum d’initiative citoyenne est l’unique revendication de l’association « Article 3 », que vous pouvez soutenir en vous rendant sur son site : http://www.article3.fr/



Objectifs
1. La Banque Centrale créera désormais seule la monnaie scripturale électronique (monnaie pleine).
2. Les banques ne pourront plus elles-mêmes créer de la monnaie scripturale, mais prêter seulement de la monnaie déjà existante sous forme d’épargne qui leur serait confiée.
3. Les dépôts à vue sont transformés en monnaie pleine et passent en hors bilan des banques commerciales
4. La Banque Centrale mettra en circulation chaque année la nouvelle monnaie pleine (sans dette) au Trésor Public, aux Départements ou Régions, ou aux citoyennes et citoyens.
Explications sur http://100monnaie.wordpress.com/


290 – l’avancée du 100% monnaie

16 mai 2014

Article paru le 13 mai 2014 sur le blog http://www.gaullistelibre.com/

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Martin Wolf, éditorialiste du Financial Time, dans un article du 24 avril 2014 intitulé " Strip private banks of their power to create money " (que vous pouvez retrouver sur ce lien) pense que la prochaine crise verra la mise en place d’un système monétaire à réserves totales (100% money) : "This will not happen now. But remember the possibility. When the next crisis comes – and it surely will – we need to be ready" ("ceci ne va pas advenir aujourd’hui. Mais souvenez-vous de cette possibilité. Quand la prochaine crise arrivera – et ça aura lieu – nous avons besoins d’être prêts")

Il faut dire que depuis quelques années cette proposition imaginée par Irving Fisher en 1936 lequel tirait les conclusions de l’ensemble des débats entre l’École de la circulation et l’École de la banque (Currency school et Banking school) revient dans la réflexion des économistes et sans doute bientôt dans le public: nous ne pouvons que nous en réjouir.

En France Maurice Allais reprends la proposition de Fisher en l’améliorant (dans "la crise mondiale d’aujourd’hui") . Christian Gomez l’un de ses anciens élève devenu "grand banquier" écrit un article fondamental sur ce sujet ("Une "vieille" idée peut-elle sauver l’économie mondiale?" Un réexamen de la proposition d’une réforme radicale du système bancaire: L’imposition d’un coefficient de réserves de 100% ") . Gabriel Galand (de "Chômage et monnaie") présente lors du colloque monnaie des économistes atterrés en mars 2012 "Une monnaie à garantie totale, une vieille idée qui fait son chemin" . Votre serviteur pour sa part tente une vulgarisation de ces propositions en lui attribuant un nom plus accrocheur: le SMART (Système Monétaire A Réserve Totales)

En 2012 toujours, deux économistes du FMI, Jaromir Benes and Michael Kumho, publient en anglais une étude extrêmement détaillée et approfondie " The Chicago Plan Revisited " que résume Gaël Giraud dans la "Revue Banque" sous le titre "Rendre le monopole de la création monétaire aux banques centrales ?", et dans lequel il explique  que cette étude "montre [...] que le 100% money remplirait très probablement ses promesses s’il était mis en œuvre : réduction de l’amplitude du cycle du crédit, disparition du risque de bank run, réduction des dettes publique et privée".

Réserver à la collectivité les gains de la création monétaire
– L’émission et l’utilisation de la nouvelle monnaie – totalement gratuite (sans intérêts) – fait partie des prérogatives du Gouvernement, du Parlement et de la Banque Centrale, mais toute autre formule démocratique qui aurait son mot à dire sur la quantité de monnaie annuellement créée peut être mise en place (ie; intervention de la Cour des Comptes par exemple). C’est en définitive le Trésor Public qui en est destinataire et ce montant annuel (de quelques pour cents de la masse monétaire déjà en circulation soit pour fixer une idée, entre 50 et 100 milliards d’euros annuels pour notre pays) correspondant à une recette de l’État. Celle-çi augmentera d’autant les capacités d’investissement collectives: on retrouve ici d’ailleurs une idée proche de celle du néochartalisme.

- D’autres avantages plus techniques sur lesquels je ne m’étendrai pas ici, et en particulier la possibilité (il s’agit d’un choix politique) de "geler" environ 2/3 de la dette publique.

Une organisation bancaire bien différente.

- Les banques de dépôt (les "Compagnie de Service Monétaire" ou  CSM, dans la terminologie de Christian Gomez)  devront observer un coefficient de réserves de 100 %. Tous les comptes de chèques ne pourront faire circuler que de la monnaie déjà  "en caisse". Le but est d’aligner toutes les formes de monnaie bancaire sur les billets de la Banque Centrale et d’inverser la règle actuelle qui veut que "les crédits font les dépôts". La monnaie sera remise aux banques de dépôts contre la partie de leurs actifs qui correspond à leurs prêts: il y aura donc substitution de cette monnaie aux titres des banques et un coefficient de réserves de 100 %  sera appliqué à tout moment.

- Les dépôts étant entièrement reliés aux réserves, tous les instruments de paiement se comporteraient comme s’il s’agissait d’une circulation de monnaie de Banque Centrale (monnaie fiduciaire) .

- L’épargne serait gérée par un autre type de banques, les banques de prêts, intermédiaires entre les emprunteurs et les épargnants,  sans aucune capacité pour elles d’utiliser l’épargne pour spéculer ni de prêter des sommes dont elles ne disposeraient pas.

Cerise sur le gâteau

Nos amis Suisses de VOLLGELD INITIATIVE, terminent la préparation (100 000 soutiens nécessaires et un peu de moyens financiers) d’une "initiative monnaie pleine" qui devrait aboutir à une votation nationale (et on peut se poser une question  à cette occasion : à quand la mise en place du Référendum d’Initiative Citoyenne qui nous manque cruellement en France, soit disant phare de la démocratie ?)

Lors du lancement officiel de l’initiative nous essayerons de donner le maximum d’impact médiatique à cette véritable révolution en préparation et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour expliquer tous les avantages de ce qui se retrouve selon les pays sous les termes de "monnaie pleine", "positive money", "100% money", "monnaie utile", "pouvoir monétatif" et "SMART". Mais il s’agit toujours à quelques détails près de la même  proposition: les entreprises privées ne doivent plus disposer du droit d’émettre la monnaie, notre monnaie.

A-J Holbecq


289 – Wolf soutient le SMART

9 mai 2014

Strip private banks of their power to create money

The giant hole at the heart of our market economies needs to be plugged

Printing counterfeit banknotes is illegal, but creating private money is not. The interdependence between the state and the businesses that can do this is the source of much of the instability of our economies. It could – and should – be terminated.

I explained how this works two weeks ago. Banks create deposits as a byproduct of their lending. In the UK, such deposits make up about 97 per cent of the money supply. Some people object that deposits are not money but only transferable private debts. Yet the public views the banks’ imitation money as electronic cash: a safe source of purchasing power.

Banking is therefore not a normal market activity, because it provides two linked public goods: money and the payments network. On one side of banks’ balance sheets lie risky assets; on the other lie liabilities the public thinks safe. This is why central banks act as lenders of last resort and governments provide deposit insurance and equity injections. It is also why banking is heavily regulated. Yet credit cycles are still hugely destabilising.

What is to be done? A minimum response would leave this industry largely as it is but both tighten regulation and insist that a bigger proportion of the balance sheet be financed with equity or credibly loss-absorbing debt. I discussed this approach last week. Higher capital is the recommendation made by Anat Admati of Stanford and Martin Hellwig of the Max Planck Institute in The Bankers’ New Clothes.

A maximum response would be to give the state a monopoly on money creation. One of the most important such proposals was in the Chicago Plan, advanced in the 1930s by, among others, a great economist, Irving Fisher. Its core was the requirement for 100 per cent reserves against deposits. Fisher argued that this would greatly reduce business cycles, end bank runs and drastically reduce public debt. A 2012 study by International Monetary Fund staff suggests this plan could work well.

Similar ideas have come from Laurence Kotlikoff of Boston University in Jimmy Stewart is Dead, and Andrew Jackson and Ben Dyson in Modernising Money. Here is the outline of the latter system.

First, the state, not banks, would create all transactions money, just as it creates cash today. Customers would own the money in transaction accounts, and would pay the banks a fee for managing them.

Second, banks could offer investment accounts, which would provide loans. But they could only loan money actually invested by customers. They would be stopped from creating such accounts out of thin air and so would become the intermediaries that many wrongly believe they now are. Holdings in such accounts could not be reassigned as a means of payment. Holders of investment accounts would be vulnerable to losses. Regulators might impose equity requirements and other prudential rules against such accounts.

Third, the central bank would create new money as needed to promote non-inflationary growth. Decisions on money creation would, as now, be taken by a committee independent of government.

Finally, the new money would be injected into the economy in four possible ways: to finance government spending, in place of taxes or borrowing; to make direct payments to citizens; to redeem outstanding debts, public or private; or to make new loans through banks or other intermediaries. All such mechanisms could (and should) be made as transparent as one might wish.

The transition to a system in which money creation is separated from financial intermediation would be feasible, albeit complex. But it would bring huge advantages. It would be possible to increase the money supply without encouraging people to borrow to the hilt. It would end “too big to fail” in banking. It would also transfer seignorage – the benefits from creating money – to the public. In 2013, for example, sterling M1 (transactions money) was 80 per cent of gross domestic product. If the central bank decided this could grow at 5 per cent a year, the government could run a fiscal deficit of 4 per cent of GDP without borrowing or taxing. The right might decide to cut taxes, the left to raise spending. The choice would be political, as it should be.

Opponents will argue that the economy would die for lack of credit. I was once sympathetic to that argument. But only about 10 per cent of UK bank lending has financed business investment in sectors other than commercial property. We could find other ways of funding this.

Our financial system is so unstable because the state first allowed it to create almost all the money in the economy and was then forced to insure it when performing that function. This is a giant hole at the heart of our market economies. It could be closed by separating the provision of money, rightly a function of the state, from the provision of finance, a function of the private sector.

This will not happen now. But remember the possibility. When the next crisis comes – and it surely will – we need to be ready.

martin.wolf@ft.com


288 – Scenarii dissolution de l’euro

4 mai 2014

Les scenarii de dissolution de l’Euro (étude pour la fondation RES PUBLICA)

 

Couv-2tudeCette étude a été réalisée par Philippe Murer et Jacques Sapir avec la collaboration de Cédric Durand. Elle est disponible à la Fondation RES PUBLICA, 52 rue de Bourgogne, 75007 Paris (info@fondation-res-publica.org) ou en téléchargement sur http://www.fondation-res-publica.org/docs/etude_euro_respublica.pdf

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE

La crise de l’Euro pèse sur l’économie de l’ensemble de la zone. Elle a induit des politiques d’austérité qui l’ont plongée dans une profonde récession, sans aucune garantie qu’elles ne résolvent la crise. Dans les faits, les problèmes structurels de la zone Euro ont continué à s’aggraver. Dans cette situation, il est important de considérer ce que pourraient être les conséquences réelles d’une dissolution de la zone Euro et de se demander si elles seraient aussi catastrophiques qu’annoncées.
I. Le modèle et ses résultats
Nous supposons que les tensions au sein de la zone Euro atteignent un niveau tel que les pays concernés décident, d’un commun accord ou de manière dispersée, de renoncer à la monnaie unique. Dans ce cas, les pays de l’ex-zone Euro adoptent, ne serait-ce que de manière transitoire, des mesures drastiques de contrôle des capitaux afin de pouvoir « piloter » la dépréciation ou l’appréciation de leur mon­naie. On suppose aussi que des mécanismes résiduels de coordination se main­tiennent – au niveau des Ministères des Finances et des Banques Centrales – et que chaque pays peut collaborer avec ses voisins pour éviter une explosion dite désordonnée de la monnaie unique. Cela implique que les taux de change effectifs correspondent à des taux de change « cibles » qui permettent aux pays de l’Europe du Sud de rééquilibrer le plus rapidement possible leur balance commerciale. Ces deux postulats correspondent à ce que nous appelons une dissolution « contrô­lée » de la zone Euro (hypothèse H1). Nous ne nous limitons pas à l’étude de ce cas de figure et étudions aussi la possibilité d’une scission de la zone Euro en deux (hypothèse H2 connue sous le nom des « deux Euros » ou combinaison Euro du sud/Euro du nord), tout comme nous envisageons la possibilité d’une dissolu­tion « non contrôlée » de la zone Euro (hypothèse H3). Dans le cas d’une scission de la zone Euro en deux, nous estimons que la France serait le pays pivot de la zone « Euro du Sud ». Pour chacun des trois scenarii ainsi retenus, nous testerons trois options de politique économique : l’option a sera qualifiée de « pro-consommation » ; l’option b de « pro-investissement » ; et l’option c de « pro-réduction des déficits ». Nous obtenons donc un ensemble de neuf trajectoires qui seront ensuite comparées sous leurs différents aspects.
À partir de la structure du commerce extérieur, du montant des importations et des exportations dans le PIB et des élasticités, on recalcule pour un taux de déva­luation – ou de réévaluation – donné, la variation de la balance commerciale et son apport au PIB en tenant compte de l’existence de l’ex-zone Euro, d’une zone Dollar et d’une zone intermédiaire. On corrige cependant à la hausse les impor­tations à partir de la constatation qu’une forte augmentation des exportations entraînera nécessairement celles des importations compte tenu du phénomène de re-export des matières importées (énergie et matières premières) mais aussi de certains sous-ensembles. On corrige aussi les importations et les exportations en fonction de la croissance ou de la récession des pays partenaires dans la zone Euro. On obtient ainsi un premier niveau de PIB. Ce niveau de PIB fait apparaître un gain fiscal potentiel, dont on estime qu’une partie sera redistribuée à l’écono­mie. Entre en compte alors le multiplicateur des dépenses publiques, que l’on a estimé à 1,4 sur la base de travaux récents. L’application de ce multiplicateur nous donne alors un deuxième état du PIB. Toutefois, suivant les scenarii, on a aussi une hausse plus ou moins forte de l’investissement productif. Or, cette hausse entraîne mécaniquement une hausse du PIB, ce qui nous fournit un troisième et définitif état du PIB et donc par comparaison un aperçu de la croissance.
L’impact des différentes hypothèses d’explosion de la zone Euro sur le taux d’inflation – et donc sur le taux de change réel – s’avère être important et se révèle l’un des principaux facteurs engendrant les résultats du modèle. Néanmoins, on observe un fort mécanisme de convergence des taux d’inflation dans le temps, quelles que soient les hypothèses de situation adoptées (H1, H2 ou H3). La convergence de l’inflation est la plus marquée dans l’hypothèse H1 et l’hypothèse H3. L’hypothèse H2 dite des « deux Euros » se caractérise par une inflation extrê­mement forte pour la Belgique mais aussi pour l’Irlande. Inversement, l’hypo­thèse H3 – explosion « non contrôlée » – aurait un fort effet déflationniste sur la Belgique et un effet inflationniste très faible sur l’Irlande. L’impact de la disso­lution de la zone Euro sur la croissance des différents pays est immédiat. Si l’on considère uniquement les effets directs sur les deux premières années, on voit que les pays de l’Europe du Sud sont largement avantagés. Dans l’hypothèse H3 on constate un recul de 4% du PIB de l’Allemagne sur deux années. A l’inverse, on observe toujours sur deux années de forts taux de croissance tant pour la France, l’Espagne et l’Italie que pour la Grèce (+19%) et le Portugal (+15%). En fait, quelle que soit l’hypothèse retenue, une dissolution de l’Euro ne se ferait pas au détriment des pays de l’Europe du Sud mais bien au détriment de l’Allemagne dont le PIB baisserait par effet direct de 1,7% à 4% sur deux ans.
II. Une forte croissance pour l’économie française
Le passage du calcul des taux de croissance pour la France de l’effet direct à la somme des effets indirects implique naturellement de prendre en compte les dif­férences de politique économique que l’on a représentées sous la forme de trois options : (a) (« pro-consommation »), (b) (« pro-investissement ») et (c) (« pro-­réduction des déf-cits »). Nous obtenons donc un ensemble de neuf trajectoires qui seront ensuite comparées sous leurs différents aspects. Ce cumul des effets a des résultats spectaculaires. On constate alors que l’option (b) dite « pro-investissement » est celle qui engendre la croissance la plus forte dans les trois hypothèses de taux de change. L’écart de croissance est le plus important entre l’option (b) et l’option (c) qui apparaît dans le moyen terme (cinq périodes de douze mois chacune) comme la plus mauvaise. Suivant les hypothèses de taux de change, cet écart varie de 11,3 points à 11,55 points de croissance. L’option (c) donne les plus mauvais résultats sauf dans le cas d’une option « pro-investissement » à court terme (deux ans), mais elle décline ensuite rapidement. En fait, la combinaison d’une stratégie pro-investissement de type (b) aboutit à des résultats très compa­rables dans les hypothèses H2 et H3. Globalement, l’hypothèse H3 semble même préférable à l’hypothèse H2.
La hausse du PIB est en partie entraînée par l’accroissement des exportations et l’existence d’une balance commerciale excédentaire. Or, les produits manufactu­rés sont ceux dont les exportations augmenteraient le plus. Dans le même temps, il est clair que la baisse des coûts apparents induit une dévaluation, en particulier en comparaison avec l’Allemagne, et entraînerait un mouvement de délocalisa­tion vers la France et un mouvement de relocalisation en France d’une partie des activités de sous-traitance. Il semble évident que l’industrie, au sens large et avec les services associés, sera la grande bénéficiaire de cette situation créée par la sor­tie de l’Euro et la dévaluation. On peut donc estimer l’impact sur l’industrie de ces scenarii à un taux de croissance – pour ce secteur – égal à 1,5 à 2 fois le taux de croissance du PIB. En fait, l’expérience historique montre une relation stable entre la croissance du PIB et la croissance de la production industrielle d’environ 1,8 sur la période 1992-2013. Dans ces conditions, et sur la base de ce coefficient, la part de l’industrie manufacturière (hors services associés) en France dans le PIB passerait de 11,1% du PIB à 11,7% dans la plus mauvaise des trajectoires, et à 12,7% dans les meilleures des trajectoires. La dévaluation consécutive à l’ex­plosion ou à la dissolution de la zone Euro effacerait les évolutions que l’on a connues depuis les années 2004-2005.
L’effet de la forte croissance du PIB engendrée par le cumul des effets directs et indirects d’une forte dévaluation devrait être très important sur l’emploi et le chômage. Nous avons pris ici l’hypothèse que toute croissance supérieure à 1,3% la première année et à 1,5% les années suivantes induisait des créations d’emploi au prorata de la croissance. Ces hypothèses entraînent des mouvements de réduc­tion du chômage qui sont très forts au cours des deux premières périodes. La création d’emplois pouvant même, dans certains des scenarii, épuiser les réserves de travail existantes. C’est un bouleversement considérable pour la société fran­çaise qui retrouverait ainsi une situation de chômage modéré voire faible. Les conséquences de ce bouleversement sur l’équilibre des différents budgets sociaux – maladie, retraite – sont potentiellement considérables.
Les options de politique économique favorisant la réduction la plus rapide de la dette (option c) engendrent en réalité les résultats les plus mauvais (le neu­vième, huitième et sixième) tandis que les options (a) et (b) de l’hypothèse H3 et l’option (b) de l’hypothèse H2 fournissent les meilleurs résultats. Ce résultat n’est paradoxal qu’en apparence. Le poids de la dette dans le PIB dépend du taux de croissance. Or, on verra que les options de type (c) sont celles qui engendrent la croissance la plus faible. Dans toutes les hypothèses, l’option pro-investisse-ment (b) s’avère plus intéressante que l’option de réduction des déficits (c). Une première conclusion s’impose : en cas d’explosion de l’Euro, quelle que soit l’hy­pothèse dans laquelle on se place, le gouvernement a tout intérêt à retenir une option « pro-investissement » (b). Si l’hypothèse coopérative H2 dite des « deux Euros » est intéressante pour la France, elle présente en revanche des problèmes insurmontables pour les autres pays censés être membres de « l’Euro du Sud ».
Les trajectoires que l’on a étudiées ici partent de la constatation que l’Euro n’est plus viable dans sa forme actuelle. Elles fournissent cependant des indications sur la possibilité de conserver, à terme, une « monnaie commune » venant s’ajouter aux monnaies nationales. La constitution d’une « monnaie commune » venant s’ajouter aux monnaies nationales pourrait être une solution logique, dans la mesure où elle n’interfèrerait pas dans la possibilité de flexibilité des changes mais en réglementerait la modalité d’application. Le passage à une telle solution serait d’autant plus facile que le cadre réglementaire encadrant les marchés financiers serait maintenu, au moins en partie.
III. Le problème de la « monnaie commune »
Une dissolution de l’Euro pose le problème des monnaies de réserve utilisées tant par les Banques Centrales que par des agents privés. Il faut donc dans un premier temps revenir sur les conséquences de l’introduction de l’Euro sur la situation internationale. Le système monétaire international est ainsi passé dans les années 2000 d’une situation d’oligopole dominée par le Dollar à une situation de quasi-duopole, ici encore dominée par le Dollar. C’est cette situation qui semble être aujourd’hui en train de s’effondrer et ce alors que l’Euro est toujours présent.
On constate en effet plusieurs phénomènes. D’une part, l’effondrement des « autres monnaies », effondrement dû pour l’essentiel à la chute du Yen japonais et des autres monnaies européennes servant de monnaies de réserve. Ce sont ces monnaies qui ont le plus souffert de l’introduction de l’Euro. D’autre part, avant la mise en place de l’Euro, le Deutsche Mark jouait un rôle non négligeable, qu’il devrait retrouver après la dissolution. On constate aussi que dans la phase du passage de l’Euro scriptural à l’Euro fiduciaire, la part du Dollar américain a aug­menté.
En fait, l’aspect le plus intéressant de l’évolution actuelle est que la chute de l’Euro depuis 2010 ne se fait pas tant en faveur du Dollar, comme on aurait pu s’y attendre et peut-être le craindre, mais en faveur des « autres monnaies ». Néan­moins, la composition de ce groupe – comprenant essentiellement des monnaies de la zone Asie-Pacifque – a radicalement changé et s’est largement renforcé depuis la crise de 2007-2008.
Le Deutsche Mark devrait donc retrouver et même améliorer sa position de 1995, et représenter entre 16% et 18% des réserves. Les « autres monnaies » devraient atteindre, quant à elles, environ 18% à 20%, avec une forte hausse des « nouvelles monnaies », qui pourraient représenter 11 à 13% du total. Le Franc Français devrait au moins retrouver sa position de 1995 avec 2% du total. Il n’est cependant pas impossible – et les mouvements sur les taux d’intérêts que l’on constate aujourd’hui rendent plausible cette hypothèse – qu’il puisse mon­ter vers 4% à 5%.
I V. Les conséquences de la dissolution de la zone Euro
La dissolution de la zone Euro et les mouvements de parité relative des monnaies vont entraîner des modifications non négligeables dans la structure des chaînes de valeur concernant des produits fabriqués dans la zone Euro. Dans le cas d’Air­bus, le prix de l’avion théorique baisse à la suite de l’éclatement de la zone Euro sous l’effet de la forte variation des parités relatives. Le renchérissement – par rap­port au Dollar – du nouveau Deutsche Mark est en effet plus que compensé par la baisse de valeur du Franc, de la Lire et de la Peseta. La baisse du prix (en Dollar) sur le marché mondial va de 4,4% du prix initial à 3,6%. Les hypothèses coopé­ratives H2 et non-coopératives H3 donnent en fait des résultats plus mauvais que l’hypothèse modérément coopérative H1. Cela n’est cependant vrai que pour la première année. Or les parités relatives se déforment dans le temps.
L’évolution dans le temps des parités relatives sous l’effet de l’inflation a des effets très positifs sur le prix total. Ce dernier va baisser d’un peu moins de 10 points de pourcentage au bout de 5 ans.
Si l’on considère l’industrie automobile, on constate que les chaînes de valeur varient énormément suivant les modèles produits et suivant les firmes qui seront concernées. De ce point de vue, il y a des différences notables entre la situation du groupe Renault et de PSA. Certaines productions de sous-ensembles – moteurs et transmission – sont communes à plusieurs modèles et à plusieurs firmes. Même si l’on peut considérer aujourd’hui que les effets de la dissolution de l’Euro seront favorables à une firme comme PSA, l’évaluation de l’impact global de la dissolu­tion de l’Euro sur cette situation sera importante.
La capacité des banques et des compagnies d’assurance à résister à une disso­lution de la zone Euro constitue l’une des principales interrogations soulevées par cette éventualité. La situation des banques a soulevé une certaine inquiétude car ces dernières ont déjà fait l’objet d’un plan d’aide de grande ampleur à la suite de la crise de 2008. Celle des compagnies d’assurance est aussi un sujet de préoccupation. Pour la France, une dissolution de la zone Euro coûterait à l’en­semble du secteur bancaire de 3,5 milliards à 5,5 milliards suivant les scenarii. En ce qui concerne les compagnies d’assurance, elles se sont recentrées sur le marché français et ont cherché à fonder le développement de leurs activités dans les pays potentiellement « à risque » sur une collecte de l’épargne. Les pertes potentielles seront limitées mais pourront exiger une intervention de l’État en soutien aux compagnies d’assurance.
La dissolution de la zone Euro et l’évolution des parités des taux de change qui en découlera sera l’acte fondateur d’un redéploiement tant interne qu’externe de l’économie française. Cet acte devrait entraîner l’arrêt du processus de désindustrialisation de notre pays mais aussi une rupture importante avec de longues années de très faible croissance, de chômage de masse et de détérioration conti­nue de notre système social.
—————-
CONCLUSION
L’étude présentée permet, dans les limites de la modélisation, de tirer un certain nombre de conclusions qui pourraient servir de base à une politique économique de la France qui soit tournée vers la croissance.
Tout d’abord, un éclatement de l’Euro ne serait nullement une « catastrophe » et n’aurait pas les conséquences dramatiques qui sont généralement mises en avant par les adversaires d’une telle solution.
La dissolution de la zone Euro et le retour au Franc, accompagnés d’une forte déva­luation, laisseraient les revenus et les dépenses réalisés sur le territoire absolument inchangés. Le pouvoir d’achat dans les biens et services produits sur le terri­toire ne serait pas modifié. La « valeur » des comptes bancaires ne serait pas dévaluée comme certains l’affirment. Pour ce qui est des produits importés, certains – d’origine allemande ou venant de la zone Dollar – augmenteraient et d’autres – venant d’Italie et d’Espagne – baisseraient. Au total, l’inflation -même dans l’hypothèse d’une indexation des salaires et des pensions – n’ex­cèderait pas 5% la première année et 4% la deuxième. Elle reviendrait rapi­dement vers son niveau structurel. Les hypothèses retenues dans ce modèle ont d’ailleurs été volontairement pessimistes sur le taux d’inflation.
Cependant, un strict contrôle des capitaux devrait être mis en place pour gérer cette dévaluation. Il pourrait s’inspirer des mesures prises par le gouverne­ment chypriote avec l’accord de l’Union européenne et de la zone Euro.
Le poids de la dette diminuerait rapidement tandis que le déficit résiduel des dépenses publiques pourrait parfaitement être couvert par l’épargne nationale. On remarque d’ailleurs que le poids de la dette baisse d’autant plus vite que l’on ne fait pas de la réduction de la dette une priorité de politique économique. Ce paradoxe s’explique par l’impact du taux de croissance – et du taux d’infla­tion – sur le calcul du ratio Dette/PIB qui se fait aux prix courants. La France pourrait ainsi stabiliser sa dette publique entre 75% et 80% de son PIB.Le gain en croissance et en emploi serait spectaculaire. Selon les hypothèses et les options de politique économique retenues, on obtiendrait une croissance allant de 8% à 21% sur les quatre années consécutives à la dissolution de l’Euro et à la dévaluation du Franc. L’option d’une politique économique en faveur de l’investissement (option b) est de loin la plus intéressante et donne les meilleurs résultats. Les effets sur l’emploi seraient très importants. À partir d’un niveau de 3,2 millions de chômeurs (catégorie A), on passerait à la troisième année après la dissolution de l’euro et la dévaluation au pire à 2,2 millions et plus raisonnablement à un niveau entre 1,5 et 1,2 millions de chômeurs. Les effets sur les comptes sociaux seraient eux aussi absolument spectaculaires. Les comptes de l’assurance chômage et de l’assurance maladie redeviendraient positifs, voire selon les hypothèses massivement positifs.
A court terme, la valeur du patrimoine des ménages serait affectée en fonction de la composition de ce patrimoine, mais à moyen terme retrouverait sa valeur.
De même l’épargne sous forme d’assurance-vie pourrait perdre de 3 à 5% la première année et 2% la deuxième, mais se rétablirait au bout de cinq ans. Les placements immobiliers connaîtraient probablement une hausse en raison de l’accroissement de l’activité économique.
Le taux d’imposition général de l’économie française pourrait lui aussi baisser, compte tenu des « gains » mécaniques qu’engendreraient la forte croissance et l’inflation pour les recettes fiscales. Le taux d’imposition général de l’écono­mie, qui est de 45% du PIB aujourd’hui pourrait passer à 43% voire 41% dans un délai de cinq ans.
Par ailleurs, une dissolution de la zone Euro et une forte dévaluation auraient des effets très bénéfiques sur l’industrie française, qui non seulement aug­menterait ses exportations et sa production mais surtout redeviendrait un secteur très attractif pour les investissements français comme étrangers.
Néanmoins, la dissolution de l’Euro et la dévaluation ne résoudraient pas tout. Subsisteraient d’importants problèmes qui nécessiteraient des actions spécifiques de politique économique. La mise en place d’un contrôle des changes implique­rait une réforme en profondeur des banques et des assurances, et plus générale­ment un accroissement du contrôle de l’État, direct et indirect, sur ce secteur. L’un des effets induits par une dissolution de l’Euro puis par une dévaluation pourrait être une « dé-financiarisation » de l’économie française. Qu’il le veuille ou non, le gouvernement français sera contraint de mettre fn à la grande libéralisation fnancière qui a commencé dans les années 1980.
Pour pouvoir tirer tout le parti d’une dévaluation, un programme de développe­ment industriel et économique devra être établi en coopération avec les entre­prises. C’est implicitement ce que nous décrivons dans l’option b de politique économique dite « pro-investissement ». Cela impliquera une définition du cadre de la stratégie générale des firmes à l’horizon de 2025 ou 2030. De même, les dispositifs de soutien et de promotion de l’innovation devront être repensés. L’opportunité pour que ce redémarrage de l’industrie française ne se fasse pas « à l’identique » doit être saisie.
La formation professionnelle et la formation continue devront très probablement être réformées pour que l’économie française puisse résorber rapidement le chô­mage. Attirons ici l’attention du lecteur sur le fait que les évolutions, certes très favorables, de l’emploi dans nos scenarii supposent un ajustement quasi-parfait de l’offre à la demande. Si l’on veut éviter des tensions inflationnistes indues et si l’on veut profiter pleinement des opportunités ouvertes par une dissolution de l’Euro et par une dévaluation, un effort particulier concernant la formation devra être consenti.
Enfin, la question de la coordination monétaire entre les pays européens devra être repensée. L’adoption par une majorité voire par la totalité d’entre eux de mécanismes de contrôle des capitaux rendra plus facile l’émergence d’une coor­dination des fluctuations des taux de change. L’émergence d’une monnaie com­mune destinée aux échanges avec le reste du monde pourrait alors voir le jour et servir de base à une refondation du Système monétaire international.
Il apparaît donc clairement que la dissolution de l’Euro et une forte dévaluation sont de nature à fournir le « choc de compétitivité » dont l’économie française a besoin. Toutefois, une telle relance ne pourra se faire sur une trajectoire identique à celle du passé et impliquera de tous les acteurs, tant privés que publics, un effort d’imagination pour penser et construire notre pays. En cela, si la dissolution de l’Euro n’est pas une condition suffisante, elle est indiscutablement une condition nécessaire.

287 – Mauvaise compréhension des dépenses publiques

4 avril 2014

Sachez d’abord, si vous l’ignorez, que la valeur ajoutée des administrations est mesurée essentiellement par les salaires versés. En effet la valeur  ajoutée administrative n’est pas, contrairement aux entreprises, la différence entre ce qu’elle vend (ses productions) et ce qu’elle achète (matières premières, sous-traitants…)

Travail de décryptage de Robert Joumard d’Attac " La pression ou la part des administrations publiques dans l’activité devrait être mesurée par la part du PIB attribuée aux administrations publiques. Cette part qui s’est stabilisée à 18% depuis une trentaine d’années est beaucoup moins accusatrice pour le public que l’extraordinaire 50 % du PIB, qui sert manifestement des objectifs idéologiques, loin de toute cohérence méthodologique."

Ce qui donne le graphique suivant ou l’on voit que la part des administrations publiques (État, Administrations centrales, Administrations régionales et sécurité sociale) est quasi stable depuis les années 1980  :

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286 – la meilleure vidéo !

22 mars 2014

… que nous devons à Gabriel Rabhi

Publiée le 21 mars 2014

La monnaie fait partie de notre quotidien. Elle est au cœur de nos économies : elle permet les échanges des biens et des services. Pourtant, personne ne sait vraiment qui la fabrique, ni comment elle fonctionne. En partant de ce que tout le monde connait, ce document explique les fondements des systèmes monétaire et bancaire, et en décrypte certaines conséquences. Car c’est bien l’incompréhension du système monétaire par la majorité des citoyens, des journalistes, des politiciens et de nos élites au sens large, qui permet à la finance et aux banques de régner sans entraves.

A diffuser largement sous toute forme utile.

Concepts abordés : la monnaie centrale / la monnaie scripturale / la banque centrale / les banques commerciales privées / le mythe du troc / le crédit à l’époque Sumérienne / l’invention de la monnaie / la monnaie papier et les orfèvres / la couverture partielle des dépôts / la monnaie fiduciaire / lien états – banques / le cours légale / conversion entre monnaie scripturale et centrale / définition d’un dépôt bancaire / transfert intra-bancaire / transfert interbancaire / le règlement bancaires / la compensation / les chambres de compensation / la disparition potentiel des dépôts / le trésor public / le risque systémique / les actifs / les créances / actifs financier, actifs matériels / bilan financier / bilan d’une banque / dépôts au passif / créances à l’actif / la monétisation / le crédit bancaire / la création monétaire ex-nihilo / destruction monétaire / le risque de contrepartie / la circulation de la monnaie / la masse monétaire / la croissance / une système de Ponzi / évolution exponentielle de la masse monétaire / les agrégats monétaires / variation des agrégats monétaires / le refinancement / prise en pension de titres par la banque centrale / le marché interbancaire / l’effet domino / crise de liquidité / crise de 2008 / les saisies bancaires / le sauvetage bancaire / l’assouplissement quantitatif / notions des endettements / l’usure / la concentration des richesses / rôle de la banque centrale / évasion fiscale / l’état et les marchés financiers / les intérêts de la dette / la planche à billet / inflation et déflation / l’hyperinflation / lien entre forces armées et monnaie / la réserve fédérale américaine / la banque des règlements internationaux / démocratie / aristocratie / oligarchie / le gouvernement représentatif / finance et médias / l’union européenne / le lobbying / la destruction de la planète / la décroissance / l’esclavage par la dette / la création de monnaie centrale / la monnaie du futur / intérêt général et intérêt particulier / la dictature parfaite / le conditionnement des peuples / le prêt à penser / les solutions et alternatives.

Que dire de  plus que ces quelques commentaires sur youtube?


"Réalisé par Gabriel Rabhi, ce film va vraiment très très loin, dans la sincérité, la vérité, le progrès de la pensée de tous !
Personne n’avait fait à ce jour une telle synthèse, avec à la fois autant de compétence, de capacité d’analyse et de proposition.
La profondeur et l’étendue à la fois philosophique, historique, logique et économique du message porté par ce film, franchement, c’est du jamais vu.
Il est visible en deux versions, longue et courte, et plusieurs extraits sont visibles sur le site de Gabriel : http://www.inter-agir.fr/
Partagez en masse ! Merci !"
Le film sur Youtube :
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Merci pour tout ce travail didactique ! Il y a beaucoup de choses bonnes à prendre.PS: petite faute d’orthographe à 01:56:05 => "tirage au sorT"
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Après un visionnage de la version longue. Pas besoin d’être économiste ou Trader à Wall Street, pour comprendre ce documentaire et également ce qui se passe depuis des siècles dans notre monde. Nous avons qu’ a regarder l’état actuel de l’Afrique. Ce documentaire est à la fois un cours d’économie qui elle, est dirigée par nos élites oligarque, et à la fois un cours de philosophie. Et pourtant la philosophie est utilisée par certaines têtes pensantes pour de mauvaises propagandes. Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons il faut comprendre la circulation de l’argent. Comment des gens fabriquant des bombes peuvent ils être plus riche qu’un homme fabriquant des vêtements, ils ne me semble pas qu’on vive tous à poils, sauf dans une partie du monde !! Un documentaire à partager et à diffuser sans modération.Bravo !
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Très bon documentaire merci.
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C’EST QUI LE GÉNIE QUI A FAIT UN TRUC DE CE NIVEAU????
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Un évènement colossal, fruit de SIX MOIS de travail, à diffuser le plus largement possible :
Un film tout nouveau, sorti aujourd’hui même, 21 mars 2014 !
Réalisé par Gabriel Rabhi, ce film va vraiment très très loin, dans la sincérité, la vérité, le progrès de la pensée de tous !
Personne n’avait fait à ce jour une telle synthèse, avec à la fois autant de compétence, de capacité d’analyse et de proposition.
La profondeur et l’étendue à la fois philosophique, historique, logique et économique du message porté par ce film, franchement, c’est du jamais vu.
Il est visible en deux versions, longue et courte, et plusieurs extraits sont visibles sur le site de Gabriel : http://www.inter-agir.fr/
Partagez en masse ! Merci !

AUTRE ACCÈS par  http://www.inter-agir.fr/  AVEC UNE VERSION COURTE  QUE VOICI EN LIEN DIRECT :  https://www.youtube.com/watch?v=JKX76J7j9os&feature=player_embedded

 


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